Au départ du village de Likir je passe devant le Gompa (monastère), au pied duquel se dresse un gigantesque Bouddha, le visage tourne vers le ciel. Je suis invitée à m’asseoir sur les épais tapis tibétains pour assister à la puja matinale (cérémonie).
La pièce est ornée de thankas multicolores, les murs sont peints de fresques éclatantes et les moines en tailleur vêtus d’une ample étoffe rouge récitent des prières. Les plus âgés portent un tissus orange noué par dessus. Les jeunes moines sont assis de l’autre côté et au centre les moines musiciens ont devant eux des instruments de musique: deux larges tambours suspendus du plafond, des cloches, des cymbales et des trompes.
Le lama du gompa domine l’assemblée et orchestre les moments de prières, les sessions musicales et la pause thé petites galettes. Je ne tarde pas à me sentir très relaxée dans cette atmosphère méditative aux sons répétitifs et je remarque que les moines baillent autant que moi….
Après cette pause spirituelle, je reprends le chemin qui longe un petit ruisseau bordé de baies orangées dont ils font un très bon jus et de fleurs qui me rappellent la lavande.
Nichés aux creux de vallées, de petits oasis de verdures contrastent avec les montagnes ocres, nues et rocailleuses. Peu de faune à part de petits lézards au ventre orange qui se faufilent sous les pierres à mon passage.
Dans les champs les habitants coupent l’herbe et on aperçoit leurs silhouettes courbées sous de lourds paniers en osier. L’ herbe sèche sur le toit des maisons pour nourrir les bêtes l’hiver.
De magnifiques champs d’orge entourent les villages. Les maisons, façonnées de brique de terre sont situées le long des torrents qui descendent des glaciers et irriguent les champs disposés en terrasses.
Au bord des cours d’eau qui serpentent à travers le village s’allongent des peupliers et aussi des saules ronds et touffus. Je trouve très agréable de faire la sieste à l’ombre des arbres, à écouter le bruissement du feuillage dans le ruisseau qui fredonne doucement
En chemin, quelques égarements car il n’y a pas d’indication sur les chemins et ma carte est peu détaillée. Heureusement je croise des écoliers qui me remettent sur le bon chemin et m’invitent à les suivre jusqu’au village, ils gambadent comme des lapins, dur dur de les suivre…Deux heures aller pour se rendre à l’école chaque jours!
Dans le second village à Hemis Shukpachen, je croise Namgyial et son dzo, mâle de père yak et de mère vache. Cet ancien instituteur souriant, très instruit sur le monde et d’une belle sagesse m’invite à rester dans sa maison d’hôte et m’emmène à travers le village et aux alentours. Je découvre les moulins à eau et à prières que possèdent chaque famille pour fabriquer la farine d’orge, base de l’alimentation.
Nous passons à côté des champs d’orge et de moutarde pour arriver dans une féerique forêt de genévriers. Le plus vieil arbre de la forêt à 2500 ans, c’est ama chukpa( maman genévrier). Namgyial me raconte : lorsque les habitants s’en vont du village, ils viennent faire une offrande et se blottissent dans son énorme creux pour bien revenir à la maison, c’est l’arbre du voyageur alors moi aussi je l’ entoure de mes bras…
Namgyial m’explique que le village vit en presque autonomie. Le bétail sert pour le transport, pour la culture, il fournit le lait pour le beurre et le yaourt; avec les poils, la laine et les intestins on confectionne des habits, cordes et sacs et les excréments servent de combustible… Des abricots qui sèchent sur les toits, on extrait de l’huile pour les lampes et pour remplir les 7 bols dans le temple devant Bouddha, ce qui reste de l’extraction sert de médicament et la coque est un combustible qui brule longtemps…
Je vais certainement retourner dans ce village car le vieil homme m’indique un hameau en altitude ou une petite école aurait besoin de matériel et aussi d’être équipée d’un four solaire.
D’Hemis Shukpachen jusqu’au prochain village, les paysages sont impressionnants, des teintes de montagnes passant de l’ ocre au saumon, rouge, vert, pourpre…C’est magnifique toute cette richesse minerale et je comprend maintenant la beauté des couleurs des peintures sur bois et des habits, ce sont les pigments issus des pierres.
Le soir dans les maisons, les hôtes offrent souvent du thé à la menthe qui pousse dans le jardin, du thé au lait sucre ou thé au beurre salé. Pour le repas, on sert du riz blanc accompagné de lentilles cuisinées aux épices et des légumes, épinards, choux, carottes et même aubergines. Namgyial m’ a fait goûter la tsampa, farine d’orge grillée que l’on trempe dans le thé, et au chang un alcool doux à base d’orge fermenté. Le matin on mange de petites galettes d’orge chaude avec du beurre et de la confiture d’abricot….pas mal du tout!
Je retourne à Leh ou je suis attendue à l’école de stok. Lorsque j’arrive la porte est cadenassée, je décide de lire près de la rivière juste à côté. Trois enfants déboulent et m’invitent à les rejoindre à un pique-nique. Je passe une très belle journée dans un campement sur les hauteurs en compagnie des maîtresses et des enfants à discuter, manger, boire du thé et danser…
Je me rends prochainement au village de Korzok a 4500m d’altitude au pied du lac Tso Moriri, région de nomades et de villages de réfugiés tibétains. J’ai un permis spécial de 7 jours et si je reste plus longtemps je passerais par les cols pour rejoindre Leh. On m’ a dit qu’il est possible aussi de louer un cheval pour passer plus facilement les cols…
La mer me manque et j’ai envie de voir du bleu….Oui et les paysages de cette région sont parait-il magnifiques, proches du plateau tibétain du Changtang. Je voudrais rencontrer les deux écoles de la région, une pour les enfants des nomades et l’autre tibétaine.Je dois me préparer au froid car les routes et sentiers sont entre 4000 et 5600 m et j’emmène quand même un maillot au cas ou …il y aurait des sources d’eau chaude!
…plus de photos dans la galerie.